Wednesday, May 03, 2006

 

La Grande Désillusion

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'économie nous livre sa vision dans la préface de son livre : La Grande désillusion.

Joseph E. Stiglitz, né le le 9 février 1943, Vice Président et économiste en chef de la Banque Mondiale de 1997 à 2000. prix Nobel d’économie en 2001 [1]. Professeur à Yale, Princeton, il a été le conseiller économique auprès de Bill Clinton. Il est aujourdhui Professeur au département d’économie de l’Université de Columbia.

La Fille du Père Noël vous livre ici la préface de son livre « La Grande Désillusion », préface qui est déjà, dans sa teneur, une bonne source d’enseignements.

J. E. Stiglitz :

En 1993, j’ai quitté l’université pour le Conseil d’Economie (CEA) du président Bill Clinton. Il s’agit d’un conseil de trois experts nommés par le président pour conseiller en matière économique les institutions du pouvoir exécutif américain.

Après tant d’années d’enseignements et de recherche, c’était la première fois que je m’aventurais vraiment dans le monde des décideurs – pour être précis : dans la politique. Puis, en 1997, je suis entré à la Banque Mondiale, où j’ai occupé les fonctions de premier vice-président et économiste en chef pendant environ trois ans, avant de la quitter en janvier 2000. Je n’aurais pu choisir époque plus fascinante. Les sept années que j’ai passées à Washington m’ont mis en situation exceptionnellement favorable pour observer la transition en Russie et la crise financière qui, partie d’Asie orientale en 1997, a fini par s’étendre au monde entier.

Je me suis toujours intéressé au développement économique, et ce que j’ai vu a radicalement changé mes idées sur le sujet, et sur la mondialisation. J’écris ce livre, parce que j’ai directement constaté, quand j’étais à la Banque Mondiale, l’impact dévastateur que peut avoir la mondialisation sur les pays en développement, et d’abord sur leurs populations pauvres.

[…]

En tant que professeur, j’ai consacré beaucoup de temps à la recherche et à la réflexion rigoureuse sur les problèmes économiques et sociaux dont je me suis occupé pendant ces sept ans à Washington. Il me parait important de les aborder sans passion. En laissant de côté l’idéologie, en examinant les faits pour déterminer le meilleur parti à prendre. Durant mon séjour à la Maison Blanche en qualité de membre, puis de président du « Council of Economics Advisers », et à la Banque Mondiale, j’ai malheureusement constaté – ce n’était évidement pas une surprise – que les décisions étaient souvent prise sur des bases idéologiques et politiques. D’où de nombreuses initiatives malvenues, bien incapables de résoudre les problèmes mais conforme aux intérêts ou aux convictions des dirigeants. L’intellectuel Français Pierre Bourdieu a conseillé aux responsables politiques d’agir davantage en universitaire – d’engager un débat scientifique fondé sur les faits et les chiffres. Hélas, on voit trop souvent le contraire : les universitaires qui font des recommandations se politisent, ils déforment les réalités en fonction des idées chères aux dirigeants politiques.

[…]

Tant à la Banque Mondiale qu’à la Maison Blanche, les politiques que j’ai préconisées étaient étroitement liées à mon travail antérieur en économie, largement théorique, lequel porte en grand partie sur les « imperfections du marché ». […] Je me suis aussi inspiré de mes travaux sur l’économie de l’information, notamment sur les « asymétries de l’information », le différentiel d’information entre le salarié et l’employeur, l’assuré et la compagnie, l’emprunteur et le prêteur. Des asymétries de ce genre sont omniprésentes dans toutes les économies. Ces travaux ont posés les bases de théories plus réalistes du marché du travail et des marchés financiers, en expliquant pourquoi il y a du chômage, et pourquoi le crédit est souvent rare quand on en a le plus besoin.

Les modèles standard que les économistes utilisaient depuis des générations soutenaient soit que les marchés fonctionnent parfaitement – ils niaient alors jusqu’à l’existence du chômage -, soit que l’unique raison du chômage est le niveau trop élevé des salaires, d’où l’évidence du remède : les réduire. L’économie de l’information, grâce à de meilleures analyses des marchés des biens, des capitaux et du travail, a permis de construire des modèles macroéconomiques qui ont fondé une analyse bien plus approfondie du chômage et ont expliqués les fluctuations – les récessions et dépressions – qu’a connu le capitalisme depuis ses débuts. Ces théories ont des conséquences pratiques fortes, dont certaines sont évidentes pour la quasi-totalité de ceux qui sont en contact avec le monde réel : chacun sait par exemple que, si l’on porte les taux d’intérêts à un niveau exorbitant, les entreprises très endettées risquent de faire faillite et que ce sera mauvais pour l’économie. Je croyais que les prescriptions qui en découlaient étaient évidentes aussi. Or, elles se heurtent à celles que préconisent si souvent, et avec tant d’insistance, le Fond Monétaire International.

Les prescriptions du FMI, en partie fondée sur l’hypothèse dépassée selon laquelle le marché aboutit spontanément aux résultats les plus efficaces, n’autorisent pas les interventions de l’Etat sur le marché : les mesures qui peuvent guider la croissance économique et améliroer le sort de « tous ».

[…]

Dans les instances supra-nationales, en particulier au FMI, j’ai découvert que la prise de décision était fondée, semblait-il, sur un curieux mélange d’idéologie et de mauvaise économie, un dogme qui parfois dissimulait à peine des intérêts privés. Quand les crises frappaient, le FMI prescrivait des solutions certes « standard », mais archaïques et inadaptées, sans tenir compte des effets qu’elles auraient sur les habitants des pays auxquels on disait de les appliquer. J’ai rarement vu réaliser des études prévisionnelles de leur impact sur la pauvreté. J’ai rarement vu des débats et des analyses réfléchies sur les effets d’autres orientations possibles. Il y avait une ordonnance et une seule. On ne cherchait pas d’avis différents. Le débat franc et ouvert était découragé – on ne lui faisait aucune place. L’idéologie guidait la prescription, et les pays étaient censés suivre sans discussion la ligne du FMI.

Ces façons d’agir m’atterraient. Pas seulement parce qu’elles donnaient souvent de mauvais résultats. Elles étaient anti-démocratiques. Dans notre vie privée, jamais nous n’appliquerions aveuglément une idée sans chercher à prendre d’autres avis. Or nous disions aux pays du monde entier d’agir exactement ainsi. Les problèmes des pays en développement sont difficiles, et le FMI est souvent sollicité dans les pires situations, quand il y a crise. Mais ses remèdes ont échoués aussi souvent – ou même plus souvent – qu’ils n’ont réussi. Ses politiques d’ajustement structurel (les mesures censées aider un pays à s’ajuster face à des crise et à des déséquilibres chroniques) ont provoqué dans de nombreux cas des famines et des émeutes ; et même quand elles ont réussi à susciter une faible croissance pour un temps, une part démesurée de ces bénéfices est souvent allées au milieux les plus riches de ces pays en développement, tandis qu’au bas de l’échelle, la pauvreté s’était parfois aggravée. Mais ce qui me paraissait stupéfiant, c’est que, chez beaucoup de dirigeants du FMI et de la banque Mondiale, ceux qui prenaient les décisions cruciales, il n’y avait pas le moindre doute sur le bien fondé de ces politiques. Des doutes, il y en avait certes chez les gouvernements des pays en développement. Cependant, beaucoup craignaient tant de risquer des perdre les financements du FMI, et avec eux bien d’autres fonds, qu’ils exprimaient avec la plus grande prudence- quand ils le faisaient -, et seulement en privé.

[...]

Le choc en retour contre la mondialisation doit sa force à la prise de conscience de deux phénomènes : les ravages qu’ont opérés dans ces pays des politiques inspirées par l’idéologie, mais aussi les injustices du système commercial mondial. Peu de gens aujourd’hui – sauf ceux qui bénéficient personnellement de l’exclusion des produits des pays pauvres – défendent cette grand hypocrisie : on prétend aider les pays en développement alors qu’on les force à ouvrir leur marchés aux produits des pays industriels avancés, qui eux même continuent à protéger leur propre marchés. Ces politiques sont de nature à rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres – et plus furieux.

Joseph E. Stiglitz – La Grande Désillusion – Le Livre de Poche – Fayard 2002

Notes :
[1] le prix Nobel d’économie n’existe pas en tant que tel, il s’agit d’une récompense similaire décernée par la même institutions.


"Pas assez de volumes" de Vincent Glen - Partie 1

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est la seule organisation internationale qui s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Sa principale fonction est de favoriser autant que possible la bonne marche, la prévisibilité et la liberté des échanges..

Définition trouvée sur le site même de l'OMC. Ainsi, cet organisme est chargé de fixer les règles des échanges commerciaux mondiaux. Jusque là, rien de dramatique, tous les pays du monde ont des produits à vendre, et d'autres à acheter...établir de règle de bonne conduite pourrait être gage d'équité dans les échanges.

Sauf que.

Sauf que derrière les échanges commerciaux mondiaux sont en fait cachés tous les aspects collectifs de nos société, à savoir les services publics et les ressources vitales (eau,...). Ainsi, en prétendant libéraliser, l'OMC privatise à tour de bras, faisant entrer de plus en plus de secteur dans le monde marchand, soumis aux lois de la concurrence sauvage.
Dans le même ordre de chose, l'OMC établi les règles...Certes, mais d'où viennent elles ses règles, par qui sont elles induites, et à quoi servent elles ? Voilà ce à quoi se propose de répondre ce reportage de Vincent Glenn : "Pas assez de volume". Titre étrange, choisis apres que le réalisateur se soit vu couper ses crédits banquaire sous le prétexte que sa boite de prod ne faisait pas "assez de volume".


"Pas assez de volumes" de Vincent Glen - Partie 2


"Les châteaux du capitalisme" (reportage sur l'altermondialisme)

51 min de doc sur les mouvements altermondialistes. Les Châteaux du capitalisme, c'est la rencontre avec des actrices et acteurs anti-globalisation. C'est le temps du pouvoir aux anonymes, qui démontrent leur capacité d'organisation, qui inventent de nouvelles formes de résistances.

Tout se tient, tout est lié, et tout n'est pas encore foutu. On trouvera aussi dans ce reportage un témoignage excellement illustratif sur ce qu'est la violence systémique. Proche de nous, car nous le voyons encore avec les actions et manif anti-cpe, les médias aiment à montrer les débordements violents, sans en faire aucune autre analyse que celle, binaire, qui arrangera le pouvoir en place.

La violence systémique est celle qui, comme l'expliquent les sociologues, s'exprime en réaction par rapport à la violence du système...exclusion, précarité, etc... Le témoignage est celui d'un Indien, habitant de Bopal, où des dizaines de milliers personnes sont mortes des suites de l'explosions de l'usines chimiques d'Union Carbide...Et notre ami Indien de se demander "Et vous me parlez de violence contre une vitrine de magasin ? Je pense que cette violence est systémique, et que ça va continuer..." Effectivement, la pire violence n'est pas du coté que le gros doit du Big Brother indique, les pires violence sont faites par le système.




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